Beaune et le Beaunois : patrimoine, vignobles et idées de sorties
Beaune, une ville historique au centre de la Bourgogne viticole Beaune occupe une position particulière en Côte-d’Or, entre la plaine de Saône et les premiers reliefs...
Impossible d’imaginer le Pays Beaunois sans évoquer son attachement immémorial aux fêtes religieuses. Bien avant les incontournables festivals de jazz ou les salons du vin, c’est le calendrier catholique qui dictait ici les grands moments de rassemblement. Chaque village, chaque quartier, battait au rythme de ces célébrations où sacré et convivialité se mêlaient. Dans une région où l’histoire, la vigne et le patrimoine sont intimement liés, ces fêtes ne relèvent pas seulement du passé : elles irriguent encore l’identité locale, qu’on en soit pratiquant ou simple amateur de traditions vivantes.
L’une des coutumes religieuses les plus pittoresques et discrètement tenaces du Beaunois, c’est la procession des Fontaines. Chaque année, lors du dimanche qui suit la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), certains villages s’animent autour de la bénédiction de l’eau. Les habitants se retrouvent pour décorer les fontaines avec des fleurs, y déposer des rubans, parfois dessiner de petits autels champêtres. La procession, menée par le prêtre et suivie d’une assistance parfois bigarrée, relie chaque fontaine du bourg.
Ce rituel remonte loin, bien avant la généralisation de l’eau courante. L’eau, perçue comme source de vie et de fertilité, faisait l’objet de toutes les attentions. Selon Jean-Loup Marcaud du Musée du Pays Beaunois, ces processions sont documentées dès le XVIIe siècle à Bligny-lès-Beaune, Meursault ou Pernand-Vergelesses. Encore aujourd’hui, quelques communes perpétuent cet attachement à l’élément vital. L’occasion de renouer avec un art du vivre-ensemble rural, entre reconnaissance de la nature et spiritualité empreinte d’humilité.
Impossible de passer à côté de la fête de la Saint-Vincent quand on s’intéresse à la vie culturelle du Beaunois. Patron des vignerons, saint Vincent est célébré chaque année le 22 janvier. Mais ici, la date n’est qu’une étape d’un cycle festif bien plus large, véritable colonne vertébrale du calendrier viticole et social.
Le matin, quand la procession entre dans l’église, les bannières colorées des confréries témoignent d’une ferveur intacte. Les statues de saint Vincent, transportées à travers le village, sont bénies comme autrefois, en hommage à la fragilité du raisin et au labeur collectif. La fête, loin de n’être qu’une vitrine touristique, ravive cette solidarité de terroir, où la religion rencontre depuis toujours l’art de la fête et du partage.
Les deux piliers du calendrier religieux – Pâques et Noël – s’incarnent dans le Beaunois par une multitude de coutumes locales, où l’Église dialogue subtilement avec la ruralité. Si les offices de Noël font partie de l’identité de villages décorés de crèches (comme à Saint-Romain ou Nolay), c’est souvent à la faveur de la messe de minuit que les habitants renouent avec l’esprit communautaire. Autrefois, on y partageait le panforte ou le pain bénit, et un feu de joie était allumé sur la place pour réchauffer les fidèles.
À Pâques, la tradition des cloches qui partent à Rome (et reviennent le dimanche matin en distribuant des œufs dans les jardins) est encore très vivace, surtout dans les familles perpétuant la visite du cimetière et la décoration des tombes, en signe de mémoire et d’espérance.
Un autre pan discret du patrimoine religieux du Beaunois : les Rogations. Ces trois jours, placés juste avant l’Ascension, étaient marqués par des processions champêtres. Les prêtres, suivis par la communauté, parcouraient les vignes, les champs et les points d’eau, chantant des litanies pour demander la protection divine contre les orages, la grêle ou les mauvaises récoltes. Jusqu’aux années 1970, la pratique rythmait tous les villages vignerons.
Aujourd’hui, si elles ont largement disparu, quelques villages résistent : à Pommard, par exemple, une procession longe toujours une partie du vignoble et donne lieu à une bénédiction symbolique, à l’invitation de la paroisse et des associations locales. Un moment rare où se conjuguent tradition, rurale et mémoire collective.
La Fête-Dieu (ou Corpus Christi), célébrée soixante jours après Pâques, donnait lieu à des processions éclatantes jusque dans l’entre-deux-guerres à Beaune et dans de nombreux villages alentour. Les rues étaient jonchées de pétales, des autels éphémères dressés devant les maisons, et les confréries de métiers prenaient fièrement part au cortège.
Si la Fête-Dieu a perdu son éclat d’antan, quelques paroisses continuent de la célébrer, preuve de l’attachement local à ce moment de transmission colorée et rituelle.
Au fil des siècles, le Beaunois a aussi cultivé tout un florilège de fêtes dédiées à des saints « locaux », souvent protecteurs des métiers ou du bétail :
Ces fêtes « mineures », parfois oubliées, font partie intégrante du patrimoine vivant : elles offrent une mémoire sensible du territoire et se révèlent de véritables marqueurs identitaires, bien au-delà de leur dimension religieuse. Elles jouent aussi un rôle d’inclusion et de cohésion, invitant les nouveaux arrivants à partager la table et des histoires parfois vieilles de plusieurs siècles.
Le Beaunois est une terre où le sacré décline toujours un art du goût et de la convivialité. Chaque fête religieuse s’accompagnait (et s’accompagne encore souvent) de mets spécifiques :
Derrière ce lien entre foi et table, il y a l’idée d’une solidarité concrète et gourmande : chaque fête religieuse donne l’occasion d’accueillir les voisins, de soutenir les plus pauvres, ou d'organiser une collecte pour les écoles et œuvres paroissiales.
Si nombre de ces fêtes religieuses ont évolué, elles ne sont pas pour autant disparues. Plusieurs lieux offrent encore la possibilité de les découvrir :
S’y rendre, c’est plonger dans une histoire locale vivante, où traditions et modernité dialoguent avec une belle inventivité.
Les fêtes religieuses du Beaunois sont à la fois la colonne vertébrale et le miroir d’un territoire qui vibre au rythme de ses saisons, de ses vignobles et de sa mémoire collective. Loin de figer la vie locale dans la nostalgie ou la routine, elles réinventent chaque année une façon de célébrer l’existence, la nature et la solidarité. Elles continuent de rassembler pratiquants et laïques, venus de la région ou d’ailleurs, autour d’un art subtil du « vivre-ensemble ».
Derrière chaque procession, chaque bénédiction ou chaque banquet, il y a cette envie de transmettre, de partage et de réenchanter les paysages. Et c’est, finalement, le plus beau témoignage de la vitalité culturelle du Beaunois : un territoire où le sacré devient une fête à la portée de tous, à savourer sans modération.
Sources : Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), Société des Amis des Musées de Beaune, Archives municipales de Beaune, Musée du Pays Beaunois, Le Bien Public, Association Les Amis du Vieux Beaune.