Boucliers de pierre et mémoires de guerre : à la découverte des fortifications et vestiges militaires du Beaunois

29 novembre 2025

Le Beaunois fortifié : un territoire entre vigilance et héritage

Impossible de traverser le Pays Beaunois sans croiser, au détour d’une route ou à flanc de colline, quelques murs colossaux, tours à l’allure austère, ou encore fossés dissimulés par la végétation. Témoins silencieux d’un passé où l’on se défendait contre l’ennemi, ces vestiges militaires font partie du paysage et de l’ADN local.

De l’époque médiévale aux soubresauts du XXe siècle, Beaune et son vignoble se sont parés de murailles et de bastions. Cette histoire s’est écrite autant pour protéger les précieuses caves que les populations. Mais que subsiste-t-il réellement aujourd’hui ? Petite immersion dans ces remparts, tours, casemates et souterrains qui survivent au temps… et parfois, se laissent (re)découvrir.

Des remparts médiévaux de Beaune : 2 kilomètres de pierres vivantes

Beaune, ville d’art et d’histoire, c’est aussi l’une des villes de Bourgogne dont le tissu fortifié reste le plus spectaculaire. Les murailles font littéralement le tour de la ville ancienne – on compte environ 2 km de remparts encore visibles aujourd’hui selon le Service du Patrimoine de Beaune (beaune.fr).

Édifiés du XIIIe au XVe siècle, renforcés puis remaniés jusqu’au XVIIe, ces remparts ont résisté à de nombreuses tentatives d’assaut, des écorcheurs de la guerre de Cent Ans aux troupes de la Ligue lors des guerres de Religion. Longtemps négligés, ils sont classés Monument Historique depuis 1921.

  • La Porte Saint-Nicolas : c’est la mieux conservée, reconnaissable à ses deux grosses tours cylindriques. Sa herse en bois, restaurée, rappelle le Moyen Âge.
  • La Tour des Dames : ce donjon circulaire domine la Promenade des Remparts. Elle abrite aujourd’hui l’un des plus beaux points de vue sur Beaune.
  • Les bastions sud : ajoutés au XVIe siècle selon la mode des bastions italiens, ils signent l’entrée de la ville dans l’ère de la poudre et de l’artillerie.

Une anecdote locale ? Certains Beaunois se souviennent qu’on trouvait des vignerons entreposant leurs tonneaux sous ces remparts : la fraîcheur était parfaite pour la vinification !

Des tours, bastions et cachots méconnus : un réseau à explorer

Le système défensif de Beaune ne se limite pas à ses remparts. De nombreuses tours, bastions et souterrains percent encore la ville ou dorment sous des bâtiments actuels. Voici quelques pépites à ne pas manquer :

  • La Tour du Coin : transformée en hôtel particulier, elle cache encore ses archères et ses anciens créneaux dans une cour privée rue du Faubourg Saint-Nicolas.
  • Le souterrain de la Porte Marie : récemment fouillé lors de travaux, on y aurait retrouvé des fragments de boulets et des restes d’un ancien pont-levis.
  • Le Bastion Saint-Martin : actuellement un espace d’exposition lors de certaines manifestations. L’intérieur, voûté de pierre, rappelle l’architecture militaire du XVIe siècle.

Les remparts de Beaune sont aujourd’hui accessibles librement en grande partie : la Promenade des Remparts, agréable balade d’environ 3 km, permet d’en faire le tour en découvrant les différentes portes, tours et tronçons restaurés.

Au-delà de Beaune : vestiges et fortifications du pays beaunois

Si Beaune concentre l’essentiel des constructions défensives, le reste du territoire n’est pas en reste. Plusieurs villages du Beaunois ont aussi conservé des traces remarquables de l’architecture militaire.

Meursault et son ancienne enceinte

Meursault a possédé une enceinte médiévale dès le XIIIe siècle, dont il reste aujourd’hui le plan visible dans les ruelles du centre. Certaines maisons intègrent encore des pans de mur épais et deux tours subsistent, fondues dans des propriétés privées. Le clocher de l’église aurait même servi de tour de guet.

Savigny-lès-Beaune et ses fortifications

Le château de Savigny-lès-Beaune (XIVe-XVe siècle) ne sert plus à défendre contre l’ennemi, mais ses hautes murailles crénelées, ses douves et son donjon rappellent sa vocation défensive. Aujourd’hui, il accueille le musée aéronautique et abrite aussi une collection unique de motos anciennes. À noter : certaines salles du château conservent des vestiges de cachots et de meurtrières.

Le cas exceptionnel de Chagny et la Tour de l’Horloge

Chagny, à la limite nord-est du Beaunois, conserve en son cœur une Tour de l’Horloge médiévale, clé de voûte d’une enceinte aujourd’hui disparue. Cette tour, ouverte aux visiteurs à certaines périodes, permet de surplomber la ville et offre une vue stratégique idéale pour comprendre le choix du site au Moyen Âge.

Les traces du XXe siècle : blockhaus et résistances oubliées

Si l’image du Beaunois fortifié évoque la pierre médiévale, le territoire garde aussi la marque plus récente de conflits du XXe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, la région, traversée par la ligne de démarcation, a été marquée par la présence allemande. Quelques blockhaus et bunkers subsistent, souvent à demi engloutis par la végétation. Le plus connu :

  • Le blockhaus de Chagny : situé le long de l’ancienne voie ferrée, cette casemate devait contrôler le pont ferroviaire – stratégique pour l’acheminement des troupes. Aujourd’hui propriété privée, il reste visible depuis le chemin longeant le canal.
  • Cachettes de résistants : dans les bois entre Comblanchien et Savigny-lès-Beaune, certaines carrières servirent de refuges à des réseaux de la Résistance (voir l’ouvrage “La Résistance en Côte-d’Or”, Ed. La Gazette). Quelques galeries sont encore reconnaissables.

Loin d’un parcours touristique classique, ces lieux sont moins signalés mais quelques passionnés organisent régulièrement des visites, sur demande ou lors des Journées du Patrimoine.

De l’histoire aux balades : comment (re)découvrir ces vestiges ?

Bonne nouvelle : explorer ces témoins du passé nécessite bien souvent seulement une bonne paire de chaussures et un brin de curiosité. Voici quelques conseils pour allier découverte, plaisir de la marche et compréhension de l’histoire locale :

  • Le circuit des remparts à Beaune : une boucle de 3 km autour du centre historique, signalée par des panneaux explicatifs et agrémentée de QR codes qui renvoient vers des anecdotes historiques (beaune.fr).
  • Le sentier des châteaux et fortins : à vélo ou à pied, explorez de Beaune à Savigny-lès-Beaune, puis vers Meursault et Chagny. Plusieurs guides locaux proposent des balades commentées, avec accès à des lieux rarement ouverts.
  • La balade “Seconde Guerre” : à Chagny, le club d’histoire locale propose chaque année une visite sur les traces des blockhaus, agrémentée de témoignages d’anciens habitants (voir chagny.fr).

Quelques conseils de respect : ce patrimoine est fragile, certains tronçons appartiennent à des privés, il convient de respecter la quiétude des lieux et de ne rien détériorer.

Focus : le travail passionné des associations locales

Derrière le renouveau d’intérêt pour les fortifications du Beaunois, impossible de ne pas mentionner le rôle clé des associations du patrimoine. L’"Association pour la sauvegarde des Remparts de Beaune", par exemple, se bat depuis 1979 pour sauvegarder ce patrimoine unique, organiser des chantiers de restauration participatifs et ouvrir (le temps d’un événement) des parties cachées des remparts au public.

Autre exemple : à Meursault, une association d’histoire locale restaure de façon bénévole les anciennes portes du village et anime des visites guidées costumées à la belle saison.

  • Contact : Office de Tourisme Beaune & Pays Beaunois pour s’inscrire aux prochaines visites thématiques ou chantiers bénévoles.

À la rencontre d’un patrimoine vivant

Du donjon féodal à la casemate du XXe siècle, chaque pierre du Beaunois raconte une histoire unique. Si nombre de ces vestiges sont devenus paisibles décors pour visiteurs, d’autres attendent d’être éclairés par la passion de guides locaux et la curiosité de promeneurs. Ouvrez l’œil lors de votre prochaine balade : derrière une façade ou sous vos pieds, le passé n’est souvent jamais bien loin. Bonnes découvertes à tous !

Sources principales : Site officiel de Beaune, Site officiel de Chagny, "La Résistance en Côte-d’Or", Ed. La Gazette, Dossier thématique “Les remparts de Bourgogne”, revue Archeologia, n°597.

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