Textile et tapisserie en Beaunois : héritage, savoir-faire et créations contemporaines à découvrir

3 septembre 2025

Un territoire tissé d’histoire textile

Dès le Moyen Âge, Beaune s’impose comme un carrefour commerçant, notamment grâce à la route des Flandres et à son rôle dans le grand trafic des draps. Là où d’autres régions, notamment le nord de la France, se spécialisent très tôt dans la grande production, le Beaunois se distingue par des manufactures à taille humaine, où la qualité surpasse la quantité.

Quelques chiffres marquants :

  • Au XVIIe siècle, la confrérie des tisserands de Beaune recensait plus d’une vingtaine de professionnels rien qu’en ville, sans compter les ateliers satellites dans la campagne environnante (source : Archives départementales de la Côte-d’Or).
  • Au XIXe siècle, la région compte près de 300 ouvriers travaillant le textile, selon les statistiques du Conseil général en 1847.

Le lin, le chanvre puis la laine s’imposent aux côtés de la vigne, et nourrissent parallèlement une économie rurale dynamique. Les toiles de lin étaient autrefois exportées jusque dans la vallée du Rhône ! Quant à la laine, elle reste associée aux traditions d’élevage ovin qui structurent encore une partie du paysage (source : « La Bourgogne et la laine », Revue de l’Artisanat Textile, 2018).

Savoir-faire précieux : de la tradition à la modernité

Les ateliers-restaurateurs et les tisserands d’art

Ce n’est pas un hasard si la Côte-d’Or figure toujours parmi les départements français où la restauration textile reste active. À Beaune et ses environs, plusieurs ateliers entretiennent ce patrimoine fragile : restauration de tapisseries anciennes, conservation de costumes et tissages patrimoniaux, mais aussi créations inspirées des motifs et modèles locaux.

  • Atelier de la Renaissance textile (Beaune) : restaurateurs de tissus précieux, spécialistes des costumes liturgiques et bannières anciennes ; ils collaborent régulièrement avec des musées régionaux, dont le Musée des Beaux-Arts de Dijon.
  • Laine et Cie : structures collectives issues de la filière laine en Côte-d’Or, valorisant la tonte locale, le filage artisanal et la teinture végétale, dans une démarche éco-responsable et patrimoniale.

Ambiance feutrée où le clic des métiers à tisser côtoie la concentration, ces espaces offrent aussi des initiations ou des portes ouvertes à l’occasion des Journées Européennes des Métiers d’Art (source: INMA).

Tapisserie et broderie, fiertés discrètes du terroir

La tapisserie n’est pas seulement l’affaire d'Aubusson ou de la Manufacture des Gobelins ! Le Beaunois possède, lui aussi, ses traditions. Si l’on remonte à la fin du XVIIIe siècle, la broderie religieuse et la tapisserie de sièges connaissent un essor notable, particulièrement autour de Nolay et Santenay.

  • La broderie d’église : les couvents et paroisses locales sont déjà réputés pour la minutie de leurs ornements, que l’on peut contempler aujourd’hui dans certaines sacristies ou lors d’expositions temporaires.
  • Les salons du textile : la Fête du fil de Nolay, lancée en 2013, met à l’honneur brodeuses, dentellières et tapissiers régionaux (plus de 2000 visiteurs à chaque édition !).

À ce patrimoine s’ajoutent les collections du Musée du textile de Bligny-sur-Ouche, qui présente machines anciennes, métiers à tisser manuels et créations originales, retraçant tout le parcours du fil, de la fibre brute à la tapisserie murale moderne (source : site du musée).

Fibres locales, engagement écologique et renaissance

Le retour de la laine bourguignonne

Depuis quelques années, la laine de Bourgogne connaît un regain d’intérêt. Plusieurs petits éleveurs mais aussi des artisans-créateurs font le pari de la valorisation locale, limitées à seulement quelques dizaines de tonnes par an aujourd’hui, mais en croissance selon la Chambre d’Agriculture.

  • Brin de Laine (entre Beaune et Autun) : groupement d’éleveurs qui propose des pelotes et des tissus 100% locaux — sans traitement chimique, labellisées « laine française ».
  • Les laines de la Côte : tissus feutrés, tapis, coussins, teints à partir de plantes locales (gaude, noyer, garance…), autant de pièces “douces pour la planète” qui ravivent les intérieurs contemporains.

Outre l’écologie, cet engagement contribue à faire vivre une filière jadis menacée de disparition : en 1950, la Côte-d'Or comptait plus de 80 000 brebis ; elles sont à peine 12 000 aujourd’hui.

Chanvre, lin et nouvelles matières

Chanvre et lin faisaient autrefois la fortune des villages du Beaunois. Aujourd’hui, quelques exploitations perpétuent cette culture — non sans innovations ! Citons par exemple les textiles en lin de la Ferme des Tilleuls à Savigny-lès-Beaune, qui produisent aussi bien des torchons traditionnels que des pièces de design imaginées avec des stylistes dijonnais.

Le chanvre, lui, revient en force grâce à ses qualités écologiques et isolantes. Plusieurs ateliers se réapproprient cette matière, à l’image de Vert de Bourgogne, qui propose sacs, pochettes et déco 100% beaunois ! (source : France Bleu Bourgogne)

Art contemporain et transmission : un fil entre tradition et création

Le textile et la tapisserie ne vivent pas seulement dans la mémoire ! Plusieurs expositions récentes (Musée de l’Hôtel-Dieu, Galerie La Maison du Colombier) ont mis en lumière la vitalité des créatrices actuelles : pièces tissées magistrales, tapisseries de papier ou “tableaux” brodés, la jeune garde s’exprime avec audace.

  • Cécile Feilchenfeldt (artiste d’origine bourguignonne) : internationalement reconnue pour ses tissus innovants, elle collabore régulièrement avec des ateliers locaux pour des installations à Beaune (source : Le Bien Public, 2022).
  • Ateliers ouverts autour de Meursault et Pommard : weekends “portes ouvertes” où l’on peut admirer le travail du fil, de la couture à la tapisserie d’art, en passant par les expérimentations textiles — succès grandissant, plusieurs centaines de visiteurs à chaque édition.

Sans oublier la Fête du Fil et des Aiguilles (Chagny) qui attire chaque année passionnés, curieux et amateurs, alliant marché de créateurs, ateliers enfants et démonstrations.

Où voir le textile et la tapisserie dans le Beaunois ?

  • Musée du textile de Bligny-sur-Ouche : parcours didactique sur l’histoire de la filière, grands métiers à bras, machines à corder le fil — parfait pour les familles et les curieux dès 7 ans !
  • Expositions temporaires à l’Hôtel-Dieu : régulièrement, des pièces textiles patrimoniales ressortent des réserves pour des présentations exceptionnelles (ex : bannières brodées, tapisseries religieuses du XVIIIe s.) (sources : Ville de Beaune).
  • Marchés et salons : la Fête du Fil à Nolay, le Salon des Métiers d’Art à Savigny-lès-Beaune, où faire le plein d’idées, rencontrer les artisans et repartir avec une pièce unique.

Un territoire à explorer, fil après fil

Le Beaunois tisse une histoire passionnante entre patrimoine et innovation, traditions séculaires et initiatives nouvelles. Que l’on s’intéresse à la laine, au lin, à la broderie ou aux créations textiles contemporaines, impossible de ne pas être touché par l’énergie et le talent de ses ateliers et créateurs. C’est sans doute cette capacité à renouer avec ses racines tout en inventant le textile de demain qui fait de notre région une terre d’exception à découvrir… fil à fil, événement après événement.

Pour aller plus loin :

  • Musée du Textile de Bligny-sur-Ouche : museebligny.fr
  • France Bleu Bourgogne : « Le grand retour de la laine bourguignonne », 17/10/2022
  • Institut National des Métiers d’Art : Journées Européennes des Métiers d’Art
  • Revue de l’Artisanat Textile « La Bourgogne et la laine », 2018
  • Archives Départementales de la Côte-d’Or : fonds sur les corporations textiles XVIe-XIXe siècle

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